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Cybersécurité : l’approche psychologique

Dernière mise à jour : il y a 13 minutes

Sigmund Freud et son célèbre cigare, pensait-il qu'un jour, une approche psychologique de la cybersécurité soit adoptée ?
Le père de la psychologie moderne dessiné par une IA.

Cybersécurité et facteur humain : pourquoi l’approche psychologique devient-elle indispensable pour protéger les entreprises ?


La cybersécurité moderne ne repose plus uniquement sur des technologies, des pare-feux ou des solutions de détection avancées, comme les (EDR) End Point Detection Response.


Et pourquoi cela ?


Parce que, depuis près de vingt ans, les études montrent que le facteur humain reste la première cause d’incident de sécurité, et de loin !


Selon plusieurs rapports internationaux, entre 70 % et 90 % des cyberattaques réussies impliquent au moins une erreur humaine, un biais cognitif exploité ou une habile manipulation psychologique.


Face à cette réalité, les formateurs d’entreprises — en particulier les PME — adoptent une approche nouvelle : intégrer la psychologie dans leurs stratégies de cybersécurité.


Comprendre les comportements, anticiper les réactions émotionnelles et adapter la formation aux mécanismes cognitifs permet de réduire durablement les risques.


Résultats : cette approche transforme la sensibilisation en un véritable levier de défense !


Le facteur humain : première vulnérabilité, mais aussi premier rempart…


Les biais cognitifs exploités par les cybercriminels


Depuis les premières attaques de phishing d'envergure, en 1996 chez AOL, les cybercriminels exploitent systématiquement les biais cognitifs, ces mécanismes automatiques, ancrés dans notre fonctionnement mental, qui influencent nos décisions sans que nous en ayons vraiment conscience, du moins pas sans profondes réflexions.


Les biais les plus couramment utilisés dans les attaques :


  • Biais d’urgence : pousser l’utilisateur à agir vite, sans réflexion.


  • Biais d’autorité : usurper l’identité d’un supérieur ou d’un fournisseur stratégique, le plus souvent avec un ton péremptoire.

  • Biais de confiance : imiter un collègue ou un partenaire connu en jouant sur les liens d’amitié ou la renommée.


  • Biais de rareté : créer un sentiment de dernière chance ou de risque imminent.

  • Biais de routine : profiter des gestes automatiques du quotidien numérique, bien souvent dicté par la paresse.


  • Et il en existe beaucoup d’autres !


À eux seuls, ces biais expliquent pourquoi des collaborateurs, même expérimentés, peuvent se faire piéger, parfois au-delà de toute vraisemblance.


Triste exemple, en 2020, au début de la pandémie, les campagnes de phishing liées au COVID-19 ont exploité la peur et l’incertitude ambiante, souvent en proposant des solutions médicales miracles aberrantes, pour atteindre des taux record de réussite sur la planète entière…


L’émotion comme vecteur d’attaque


Dès lors, les cyberattaques les plus efficaces ne ciblent pas la technologie, mais les émotions : peur, curiosité, empathie, excitation, jalousie : ces leviers déclenchent des réactions rapides, avant toute analyse rationnelle, à condition qu’elle ait seulement lieu.


Quelques exemples concrets :


  • En 2016, aux États-Unis, une fausse invitation Google Docs a compromis des millions de comptes dans le monde en jouant sur le biais de la collaboration interne.

  • En 2022, de faux messages du service de comptabilité d’une grande entreprise française, annonçant une erreur salariale en la faveur des employés, ont généré un taux de clic immédiat supérieur à 50 % !

  • Dans le même état d’esprit, les fraudes à l’IBAN dans les PME exploitent souvent l’empathie, par exemple la volonté d’aider un fournisseur.


Comprendre ces mécanismes est donc essentiel pour concevoir des formations réellement efficaces, et surtout à provoquer un sentiment d’adhésion de l’utilisateur, au lieu d’une culpabilité honteuse qu’il cherchera à dissimuler, retardant d'autant l’identification du point d’entrée de la cyberattaque.


Quel est l’expert en cybersécurité, fraichement débarqué sur les lieux suite à une pénétration réussie, qui ne s’est pas entendu dire, parfois même avant l’examen :


« Je n’ai rien touché, ce n’est pas moi, c’était comme cela quand je suis arrivé… ! »


L’approche psychologique : un nouveau standard pour la formation en cybersécurité


Pendant longtemps, la sensibilisation à la cybersécurité se limitait à des présentations descendantes, des règles à mémoriser et des rappels ponctuels.


Or, la psychologie cognitive montre que :


  • La mémorisation est faible sans contextualisation.

  • Les changements de comportements nécessitent de la répétition, de l’implication.

  • La motivation dépend du sens perçu, mais aussi du sentiment de compétence, qui induit une valorisation, et donc une adhésion.


Les travaux de De la Garza, Stoessel et Oufi (EDF Lab / Opus Citatum), menés entre 2018 et 2024, qui synthétisent des dizaines d’études internationales, montrent que les approches centrées sur la formation théorique échouent à modifier durablement les comportements.

Ils soulignent que la majorité des écrits se focalisent sur « l’erreur humaine » sans comprendre les facteurs contextuels qui la provoquent, et que les formations classiques ne suffisent pas à réduire ces comportements.


À l’inverse, les approches comportementales répétées, avec implication et valorisation, peuvent réduire un taux de clic de 30 % sur les tests standards à moins de 5 % en quelques mois !


L’apprentissage expérientiel : simulations, scénarios et retours


Les formations les plus efficaces s’appuient sur des exercices pratiques réalistes, idéalement en petit groupe :


  • Atelier sur les biais cognitifs, si possible avec mise en situation

  • Scénarios interactifs basés sur des attaques réelles


  • Simulations de phishing régulières

  • Enfin, des retours personnalisés pour renforcer les bons réflexes.


  • Et surtout jamais de culpabilisation, mais, au contraire, des récompenses pour ceux qui participent activement.


Exemples pratiques :


  • Une PME suisse organise chaque trimestre une simulation ciblée sur un biais spécifique (urgence, autorité, curiosité).


  • Une entreprise industrielle exposée utilise des ateliers où les collaborateurs doivent identifier les signaux faibles d’une cyberattaque en cours, dans des scénarios inspirés de cas réels.


  • Certaines administrations publiques ont adopté des microformations hebdomadaires de 30 minutes, avec quelques participants, pour maintenir la vigilance sans surcharge.

  • Postfinance investit depuis des années dans la sensibilisation en cybersécurité de ses collaborateurs, et ce avec des résultats remarquables, dont un taux d’auto-signalement en progression constante.


La pédagogie positive : un levier de changement durable


Ce n’est certes pas nouveau, mais la culpabilisation est contre-productive, et plus encore en cybersécurité, ou bien souvent les enjeux ne sont pas connus de celui qui « ouvre la porte » par inadvertance.


Depuis 2018, plusieurs études en psychologie du travail montrent que la peur d’avoir « mal fait » réduit le signalement des incidents ; à l’inverse, une culture positive :


  • Augmente le taux de signalement

  • Renforce la confiance


  • Améliore la collaboration entre équipes IT et métiers.


Une entreprise qui valorise les bons réflexes — même lorsqu’un doute s’avère infondé — crée un environnement où la vigilance devient naturelle, puisqu’encouragée, et cela fait toute la différence.


Les bénéfices d’une approche psychologique de la cybersécurité :


Les organisations qui adoptent une approche comportementale constatent :


  • Une baisse du taux de clic lors des simulations

  • Une hausse du nombre de signalements

  • Une diminution des erreurs humaines dans les processus critiques


  • Et, au final, une baisse significative des cyberattaques réussies


Entre 2019 et 2025, plusieurs études européennes distinctes montrent que l'approche psychologique de la cybersécurité entraine une réduction moyenne de 60 % des incidents liés au facteur humain, ce qui est mieux que toutes autres méthodes !


Une culture de sécurité durable


L’approche psychologique transforme la cybersécurité en réflexe collectif.


Le collaborateur ne se sent plus surveillé, mais valorisé pour sa vigilance ; c’est aussi un facteur de cohésion.


La sécurité devient un élément naturel du professionnalisme, au même titre que la qualité ou la conformité.


Un climat organisationnel renforcé


Sans compter que les collaborateurs qui se sentent plus compétents, plus confiants et plus impliqués, travaillent mieux, et sont moins souvent absents.


C’est le début d’un cercle vertueux : la cybersécurité cesse d’être perçue comme une contrainte technique et devient un sujet partagé, un avantage pour tous.


Un bénéfice stratégique pour l’entreprise


Dans un contexte où les attaques sont de plus en plus rapides et automatisées, la capacité humaine à détecter l’anormal, « ce qui cloche », reste irremplaçable.


Au point que certaines entreprises suisses intègrent désormais la vigilance humaine en matière de cybersécurité dans leurs audits ISO 27001, considérant qu’elle constitue un avantage concurrentiel digne d’être signalé.


Conclusion


La cybersécurité est avant tout une affaire d’humains !


Pour contre-intuitif que cela paraisse, les technologies évoluent, les attaques se perfectionnent, l’IA progresse, mais un élément demeure constant : l’humain reste au cœur de la cybersécurité.


Comprendre ses biais, ses émotions et ses motivations permet de concevoir des formations réellement efficaces, capables de transformer durablement les comportements.


L’approche psychologique n’est donc pas qu’une tendance, c’est une évolution structurelle de la cybersécurité moderne.


Les entreprises qui l’adoptent renforcent leur sécurité, leur culture interne et leur résilience, tout spécialement les PME aux moyens limités, qui peineraient à s’offrir une équipe dédiée, mais peuvent investir durablement dans la sensibilisation de leurs collaborateurs.

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