MACROHARD : les ambitions d’un projet hors du commun
- Michel Louis
- 30 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 déc. 2025

Introduction
Le 12 octobre 2025, Elon Musk surprend une nouvelle fois l’industrie technologique en dévoilant sur X, son propre réseau social, Macrohard, un projet porté par son entreprise d’intelligence artificielle xAI : l'on est jamais mieux servi que par soi-même !
Sur l’image du post, un mot en lettres géantes peintes sur le toit de hangars immenses attire immédiatement l’attention : MACROHARD.
Cette mise en scène déclenche un débat médiatique, ce qui était sans doute le but, d’autant que le nom est une inversion ironique de Microsoft !
Une provocation assumée, dans un contexte où Elon Musk et Bill Gates, qui semblent loin de s’apprécier, multiplient les joutes verbales par réseaux interposés, un peu comme si le Nouveau Monde supposé se moquait de l’ancien…
Pourtant, derrière le pied de nez, se cache une ambition radicale : créer une entreprise de logiciels entièrement pilotée par l’IA, capable de rivaliser avec les géants du secteur, notamment Microsoft, et de redéfinir la manière dont les logiciels sont conçus, testés et déployés, rien que cela !
MACROHARD : une marque déposée et un projet réel
Pour autant, malgré le ton humoristique et grinçant, comme souvent avec Elon Musk, Macrohard n’est pas une simple blague.
Le nom est officiellement enregistré au registre du commerce, et Elon Musk confirme qu’il s’agit d’un projet stratégique de xAI, sa firme d’intelligence artificielle, visant à démontrer qu’une entreprise de logiciels peut fonctionner sans intervention humaine directe, selon les dires du patron de Tesla, de SpaceX, de StarLink, autant de projets moqués à leurs débuts…
Une entreprise entièrement gérée par des agents d’IA
Selon Elon Musk, Macrohard doit devenir une entreprise capable de « tout faire » dans l’univers du logiciel, de sa conception à la réalisation, en passant par la distribution, à l’exception de fabriquer directement des objets physiques ».
Comment ?
xAI, prévoit d’utiliser des outils comme Grok, son chatbot avancé, pour générer des agents spécialisés capables de :
Développer n’importe quels logiciels et systèmes d’exploitation.
Créer n’importe quels contenus graphiques, images et vidéos comprises.
Générer du texte et de la parole dans toutes les langues.
Tester des logiciels dans toutes leurs phases.
Simuler des milliers d’interactions utilisateurs dans des environnements virtuels.
Assurer le suivi et les mises à jour.
Le tout sans la moindre intervention humaine !
Enfin, pas tout à fait, car, on s’en doute, le prompt (les objectifs) seront encore défini par des humains, du moins pour l’instant…
Une ambition directe : concurrencer Microsoft
Macrohard vise explicitement à rivaliser avec Microsoft, non seulement dans la production de logiciels, mais aussi dans le fonctionnement d’un système d’exploitation, quel qu’il soit.
Certains analystes évoquent même la possibilité d’un OS entièrement piloté par IA, remplaçant les mécanismes traditionnels par un ensemble d’agents intelligents capables d’exécuter et d’optimiser les tâches en continu, sans oublier les mises à jour qui corrigeraient rapidement, et automatiquement, les bugs dès leur découverte.
Avec quels moyens techniques ?
Le projet apparaît publiquement lorsqu’Elon Musk publie une photo de ses entrepôts abritant Colossus II, le bien nommé en l’honneur de son illustre aïeul anglais qui s’est illustré à Bletchley park, en cassant les codes allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment celui de « Lorenz » utilisé par les dignitaires du 3e Reich…
L’itération actuelle, Colossus II, situé à Memphis USA, est présentée comme le plus grand cluster d’IA au monde, ce qui est probablement proche de la réalité.
Évolutif, le centre de traitement et de calcul est actuellement composé de plusieurs centaines de milliers de GPU NVIDIA (GB200, GB300) conçus pour entraîner des modèles massifs et faire tourner des simulations complexes à grande échelle.
Toutefois, la puissance exacte de ce supercalculateur n’est pas connue avec exactitude, et il ne figure pas dans le test Top500, car ce classement ne liste que les supercalculateurs ayant soumis un benchmark LINPACK (HPL).
Et xAI n’a apparemment aucune intention d’y paraitre, car le Colossus II n’est pas conçu pour le HPC (Calcul haute performance) traditionnel, mais plutôt comme le véritable cerveau de l’écosystème des entreprises et projets d’Elon Musk.
En effet, que ce soit chez Tesla, conduite autonome et robots humanoïdes Optimus, l’IA GROK, ou encore le projet MACROHARD, tout ceci consomme une gigantesque puissance de calcul, mais surtout une puissance de calcul optimisée pour l’IA.
Une plateforme pour simuler une entreprise entière
Grâce à cette puissance, Macrohard pourrait :
Simuler des équipes de développement complètes, sans limite de nombre.
Tester des logiciels dans des environnements virtuels variés.
Optimiser automatiquement les workflows.
Réduire drastiquement les coûts de production logicielle.
Oui, mais…
Des voix s’élèvent, notamment aux États‑Unis, où certains responsables s’inquiètent de la capacité de Macrohard à simuler des opérations entières, y compris celles d’entreprises existantes, ce qui pourrait poser des problèmes de sécurité économique ou stratégique, selon les secteurs.
Le projet soulève également des interrogations :
Une entreprise sans humain est‑elle viable ?
Comment garantir la transparence des décisions prises par des agents autonomes, et même leur pertinence, voire leur légalité ?
Quel impact sur l’emploi dans le secteur logiciel ?
Sans oublier qu’en ajoutant la robotique, la programmation entièrement automatique des machines par elles-mêmes n’est plus très loin, ce que certains experts redoutent depuis longtemps...
Réalisable ? Un projet encore sans feuille de route publique
À ce jour, aucune date de lancement ni plan détaillé n’a été communiqué.
Elon Musk évoque un impact « profond à une échelle immense » mais reste volontairement flou sur les étapes concrètes, et l’homme est connu pour prendre de grandes libertés avec le calendrier, pour ne pas dire plus…
L’auteur de cet article attend encore, avec impatience, la conduite entièrement autonome (Full Self Driving) promise par Elon Musk l’année suivante depuis… 2016 !
Et pourtant...
Si Macrohard atteint ses objectifs, il pourrait :
Bouleverser les modèles économiques des éditeurs de logiciels qui pourront produire mieux, plus rapidement, et beaucoup moins cher.
Redéfinir le rôle des développeurs, qui deviendront des superviseurs et des orienteurs stratégiques.
Accélérer la transition vers des entreprises partiellement ou totalement automatisées, avec, là encore, une réduction drastique des coûts.
Conclusion
Macrohard est à la fois une provocation, une démonstration de force technologique et une expérimentation radicale sur la conception du logiciel, voire de l'entreprise qui le conçoit.
Porté par la puissance du supercalculateur Colossus II et l’ambition de xAI, sans oublier les moyens d’Elon Musk, le projet pourrait devenir l’une des initiatives les plus disruptives de la décennie — ou échouer et rester une vision inachevée, trop ambitieuse, ou étouffée par un cadre économique, éthique ou réglementaire trop contraignant…
Quoi qu’il en soit, Macrohard illustre parfaitement la stratégie d’Elon Musk : provoquer, expérimenter, et repousser les limites de ce que l’on pense possible, et force est de constater que jusqu’à présent, même si nous ne sommes pas encore établis sur Mars, cela ne lui a pas trop mal réussi…




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