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Qui domine les réseaux numériques domine le monde ?

  • 4 avr.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 avr.

La Suisse numérique est au milieu de l'Europe numérique, une réalité qui l'oblige à rester interopérable.
Au milieu de l'Europe, la Suisse doit demeurer interopérable avec son principal partenaire.

Introduction : un continent dépendant des réseaux numériques.


Depuis le début de l’ère numérique, l’Europe et la Suisse vivent dans un paradoxe stratégique : elles disposent d’une économie avancée, d’infrastructures robustes, d’un haut niveau d’éducation et d’un tissu industriel puissant, mais…  


… Elles restent dépendantes de réseaux numériques largement contrôlés par des acteurs extérieurs : entreprises américaines, infrastructures mondiales, normes techniques dominées par d’autres puissances, américaines encore, mais aussi chinoises, réseaux sociaux non européens et câbles sous-marins financés par des consortiums étrangers.


Cette dépendance n’est donc pas seulement technologique ; elle est géopolitique, commerciale, culturelle et financière !


Vous avez dit totale ?  


Au point d’influencer la souveraineté des États, la sécurité des entreprises, la stabilité des marchés et même la capacité des citoyens à accéder à une information fiable, donc finalement, à des élections justes.


Contexte historique : Internet : une invention américaine, une adoption mondiale


Pour mieux comprendre les enjeux européens et suisses, il faut replacer Internet dans son histoire, analyser les rapports de force mondiaux, et examiner comment un continent riche et technologiquement avancé peut se retrouver dépendant de réseaux qu’il n’a pas construits, et sur lesquels il n’exerce que peu de contrôle.


L’Europe n’a pas participé à la création d’ARPANET, l’ancêtre d’Internet, car ce projet, né dans un contexte de guerre froide, visait à rendre résilient le réseau de communication des États-Unis, notamment en cas de frappes nucléaires multiples.


25 ans plus tard, à l'aube des années 90, l’Europe, comme le reste du monde, a donc adopté Internet comme une infrastructure déjà existante, déjà gouvernée, déjà standardisée, même si elle a collaboré à certains de ses perfectionnements clés, comme le World Wide Web, et le langage HTML.


Cette genèse historique a eu deux conséquences majeures :


  • La gouvernance technique (ICANN, IETF) est restée dominée par les États-Unis.


  • Les entreprises européennes n’ont pas émergé comme leaders des plateformes, laissant cela aux concurrents américains, qui régnaient déjà sans partage sur l'informatique mondiale, notamment par le biais des systèmes d'exploitations et du standard PC.


La Suisse, malgré son excellence technologique, s’est retrouvée dans la même position : adoptante, mais pas architecte, et par conséquent, peu ou pas décisionnaire.


L’Europe, pionnière des télécoms, mais presque absente du numérique


Pourtant, dans les années 1980 et 1990, l’Europe dominait les télécommunications : Nokia, Ericsson, Alcatel, Siemens, tous ces fleurons étaient à la pointe de la technologie.


Mais l’arrivée d’Internet et des plateformes a déplacé la valeur vers le logiciel, les données et les services, ce qui a permis l’émergence des géants du numérique actuel, tous hégémoniques dans leurs secteurs respectifs :


  • Google, avec la recherche.

  • Amazon, pour l’e-commerce.

  • Facebook, Instagram, WhatsApp, X, pour les réseaux sociaux.

  • Microsoft, Apple, Android se chargèrent des systèmes d’exploitation.

  • Et enfin AWS, Azure, Google Cloud, iCloud, pour le cloud, avec les mêmes acteurs.


La Suisse, elle, a développé des niches d’excellence (cryptographie, fintech, sécurité), mais pas de plateformes mondiales.


Les réseaux numériques comme instruments de souveraineté en Europe et en Suisse : la résistance.


Face à la domination américaine et à l’ascension chinoise, l’Europe a développé une stratégie unique au monde : une souveraineté numérique fondée sur la régulation.


Les textes clés :


  • RGPD : protection des données.

  • DSA : régulation des plateformes.

  • DMA : lutte contre les monopoles numériques.

  • NIS2 : sécurité des infrastructures critiques.

  • Data Act : gouvernance des données industrielles.

  • IA Act, la première régulation mondiale sur l’intelligence artificielle.


L’Europe n’édifie pas ses propres géants, mais elle impose des règles aux géants existants !


La Suisse : souveraineté pragmatique et neutralité numérique


Bien deçà de la masse critique nécessaire pour rivaliser avec les géants du numérique, la Suisse adopte une approche quelque peu différente, conforme avec ses habitudes politiques :


  • Neutralité dans les conflits numériques.  

  • Stabilité dans la gouvernance.

  • Infrastructures critiques robustes.

  • Forte protection de la vie privée (nLPD).

  • Écosystème fintech et blockchain très dynamique.


Cette approche n’est pas mauvaise en soi, mais elle reste très (trop) dépendante :


  • Des clouds américains.

  • Des plateformes sociales étrangères.

  • Des normes internationales.

  • Des câbles sous-marins par lesquels transitent plus de 90 % des données mondiales, mais qui sont contrôlés par d’autres opérateurs télécoms étrangers et GAFAM en tête.


En conséquence, la Suisse est souveraine dans ses institutions, mais trop dépendante dans ses infrastructures et applications numériques.


Les câbles sous-marins : l’Europe vulnérable


Comme écrit précédemment, l’Europe dépend de câbles transatlantiques pour son trafic Internet qui appartiennent, en majorité, à des entreprises américaines, et qui transitent par des points d’atterrissage stratégiques hors de son contrôle.


La Suisse, pays enclavé, dépend donc aussi des infrastructures de ses voisins : une coupure majeure en Méditerranée ou dans l’Atlantique aurait un impact majeur, direct et immédiat, sur son économie en particulier, mais aussi sur ses communications.


Les implications financières pour l’Europe et la Suisse


Les entreprises européennes et suisses utilisent principalement des applications américaines :


  • AWS, Azure, Google Cloud.

  • Microsoft Windows, Office 365.

  • Apple Pay, Google Pay.

  • Meta (facebook, WhatsApp).

  • Android et iOS pour la téléphonie mobile.

  • LinkedIn pour le recrutement.

  • Chat GPT, Claude ou COPILOT.

  • Et YouTube…


Quelle entreprise prétend honnêtement y échapper ?


Cette liste, bien loin d’être exhaustive, signifie essentiellement que les données européennes, manne du 21e siècle, quittent l’Europe, et alimentent des IA qui ne sont pas européennes, et qui accentueront encore la dépendance tout en enrichissant leurs développeurs, toujours non européens !  


Cela explique aussi que la valeur économique se concentre aux États-Unis, et que les entreprises européennes soient dépendantes de règles qu’elles ne contrôlent pas.


Et bien sûr, la Suisse, malgré sa puissance économique, n’échappe pas à cette réalité... Européenne !


Les réseaux numériques comme infrastructures financières


La finance du continent européen repose sur Internet, et donc sur le bon vouloir partiel des États-Unis :


  • Marchés boursiers.

  • Systèmes de paiement (cartes de crédit, SWIFT).

  • Trading algorithmique.

  • Transactions interbancaires.

  • Fintech et néobanques.

  • Le commerce en ligne.


Et pourtant, l’ensemble de ces systèmes, qui représentent la colonne vertébrale de l’économie numérique, sont conçus et gérés hors de l’Europe.


Dès lors, une attaque ou une panne sur un cloud américain, ou peut-être pire encore, un chantage politique comme celui des récents droits de douane US, peut affecter :


  • La Bourse suisse comme les banques européennes

  • Les systèmes de paiement SEPA et les plateformes de trading

  • Et le commerce en ligne dans son ensemble


Pour ne citer que les plus importants…


La dépendance n’est donc pas sectorielle, elle est systémique !


Un réveil tardif


Depuis une dizaine d’années, l’Europe a compris le risque (avéré) de complète dépendance et de vassalisation numérique, et ses premiers projets d’émancipation commencent à voir le jour, notamment avec le développement de :


  • L’euro numérique.

  • Des infrastructures de paiement souveraines.

  • Des clouds européens certifiés.

  • Des normes strictes pour les stablecoins.


La Suisse, elle, progresse sur :


  • Les infrastructures blockchain (Crypto Valley Association, notamment)

  • Les monnaies numériques expérimentales des banques centrales

  • Les systèmes de paiement instantané nationaux, à l’instar de Twint, véritable succès sur le marché suisse où deux tiers de la population l’utilisent déjà.  


Pourtant, malgré ces louables efforts, les géants américains et chinois restent loin devant, en partie grâce à leurs moyens colossaux et à leurs bases établies, mais aussi parce qu’ils osent investir, risquer, donc entreprendre !


Le découplage numérique États-Unis / Chine : l’Europe prise en étau


L’Europe et la Suisse doivent donc naviguer entre deux blocs rivaux aux intérêts divergents, mais qui, tous deux, lorgnent sur le marché européen et ses 450 millions (459 avec la Suisse !) de consommateurs au fort pouvoir d’achat…  


  • Les États-Unis, alliés politiques d’hier (moins d’aujourd’hui) dominateurs technologiques, voire dominateurs tout court.

  • La Chine, partenaire économique plus fiable, mais rivale stratégique et commerciale sans pitié.


Ce découplage technologique et cette rivalité politique et culturelle créent des dilemmes, comme :


  • Faut-il autoriser des entreprises chinoises comme Huawei dans la 5G nationale ?

  • Faut-il dépendre des puces et des infrastructures américaines ?

  • Faut-il accepter les plateformes chinoises ?


La Suisse, fidèle à sa neutralité, joue les équilibristes, mais la pression augmente, et les choix sont particulièrement restreints...


Les cyberattaques : une menace croissante


Là encore, toujours en raison de leur niveau économique élevé, l’Europe et la Suisse sont dans le collimateur de groupes très professionnalisés qui, par l’intermédiaire des réseaux, ciblent prioritairement :


  • Les institutions financières.

  • Les infrastructures énergétiques.

  • Les hôpitaux.

  • Les administrations.

  • Les PME, souvent peu protégées.


Les attaques de ransomware ont paralysé des villes, des hôpitaux, des entreprises de toutes tailles et dans tous les pays. La Suisse, très digitalisée, avec un tissu de PME très dense et insuffisamment protégée, est particulièrement exposée.


La guerre de l’information


Les réseaux sociaux, majoritairement américains eux aussi à l’exception du chinois TikTok, sont aussi, hélas, utilisés pour :


  • Influencer les élections.

  • Polariser les opinions.

  • Diffuser de la désinformation.

  • Manipuler les débats publics.


Face à ces dangers, quasi existentiels pour les démocraties, l’Europe, fidèle à sa stratégie, tente de réguler par des salves réglementaires à répétition…  


La Suisse, avec son système démocratique fondé sur la votation directe, est vulnérable à la manipulation informationnelle, se défend souvent avec un temps de retard, en calquant largement ses lois sur celles de l’Union européenne, ne serait-ce que pour demeurer compatible avec son principal partenaire commercial.


Vers un nouvel ordre numérique européen ?


Trop en retard, l’Europe ne dominera probablement pas les plateformes numériques mondiales ni les réseaux ; mais elle peut dominer son juteux marché intérieur avec :


  • Des normes strictes.

  • Des standards exclusifs.

  • Des contrôles et des sanctions lourdes, voire excluantes, pour les contrevenants.

  • Donc, avec les règles du jeu !


C’est son modèle de puissance : la régulation comme arme géopolitique, car personne ne veut ou ne peut se passer du marché européen, le plus profitable au monde, y compris pour le numérique.


La Suisse : un laboratoire de souveraineté numérique ?


Après la prise de conscience, avec des efforts et beaucoup plus d’investissements, la Suisse peut devenir :


  • Un hub de cybersécurité.

  • Un centre mondial de la cryptographie.

  • Un pôle d’innovation en matière de blockchains financières

  • Un modèle de gouvernance numérique stable et démocratique.


Mais cela nécessite de la volonté politique, et une réduction de la dépendance aux clouds et aux applications hors du continent, voire hors de la Suisse...


Un internet fragmenté, mais plus contrôlé


L’avenir européen (et celui de la Suisse) sera probablement plus souverain, plus régulé, et moins dépendant des plates-formes étrangères, donc plus sécurisé, mais la transition sera longue et complexe et passe obligatoirement par la création de Clouds et d’applications souveraines, ce qui semble déjà en cours.


Conclusion : qui domine les réseaux numériques domine le monde ?


La réponses est affirmative, car la domination de ce type de réseaux n’est pas un phénomène abstrait ; elle touche directement la souveraineté des États, la sécurité des infrastructures et la stabilité financière.


De ces points essentiels découlent la capacité d’innovation, la démocratie réelle, mais aussi la culture, ce qui démontre l’importance prise par le numérique dans toutes ses déclinaisons. formes.


L’Europe répond intelligemment par la régulation, une stratégie à sa portée, pour ne pas dire la seule actuellement.


La Suisse répond par la neutralité et l’excellence technique, tout en suivant officieusement l’Europe ; mais aucune des deux entités n’a encore retrouvé une pleine maîtrise de ses réseaux numériques…


Finalement et pour l’avenir, la question n’est donc plus de savoir si l’Europe et la Suisse doivent reconquérir leur souveraineté numérique, mais comment elles peuvent le faire dans un monde où les réseaux numériques, et l’ensemble de l’univers applicatif, sont historiquement dominés par d’autres...



Pour aller plus loin :






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